Quand c’est gratuit, c’est toi le produit !

Tu connais peut-être l'expression ?

Au delà de la petite phrase, essayons de comprendre comment fonctionne le pilier économique des grandes sociétés du web.

Sommaire

    Merci Patrick !

    En 2004, Patrick Lelay, alors PDG du groupe TF1, commet une erreur terrible, il dit la vérité :

    " [...]Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. "

    En fait on s’en doutait un peu, mais le cynisme de cette déclaration a quand même fait scandale et plus personne ne pouvait croire naïvement qu’une chaîne de télé privée cherche à faire de bonnes émissions comme un boulanger du bon pain.

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    Les équipes de production des chaînes travaillent.

    Les clients sont les annonceurs ou les agences publicitaires.

    Et le produit ? C’est nous !

    Et plus nous sommes nombreux et longtemps devant l’écran, plus nous avons de valeur.

    Les médias privés ne seraient-ils pas tentés de faire des programmes racoleurs, addictifs et abrutissants pour assurer à leur client du temps d'audience ?

    Une notion est née : l’économie de l’attention. On peut vendre le temps passé devant les écrans, une aubaine qui va donner naissance à des colosses, les GAFAM.

    Le génial modèle d’internet.

    Internet, c’est énorme ! Quand, dans le mois, une chaîne de télé française peut espérer toucher 20 millions de téléspectateurs différents, Facebook compte près de 2,8 milliards d'utilisateurs actifs, 140 fois plus !

    T’imagines le potentiel dans un contexte d’économie de l’attention :

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    Alors là c’est très très fort, car le plus gros du boulot est fait par nous !

    Certes les entreprises font travailler leurs personnels, mais ce qui attire réellement les utilisateurs ce sont les photos, vidéos, actualités qui sont fabriquées par … les utilisateurs eux-mêmes. Génial ! On travaille gratos pour Facebook, TikTok, Youtube...

    Bon d’accord, certains comptes sont rémunérés mais c’est vraiment peu par rapport à la masse d’informations publiée.

    Les clients sont toujours les annonceurs et les agences publicitaires qui ont maintenant le super-pouvoir de nous cibler, grâce aux données personnelles.

    On n’est plus dans la diffusion de masse des télés et radios mais dans le cas par cas, chaque marchand peut acheter, pour quelques dizaines d’euros, un nombre donné d’affichages de son annonce qui seront dirigés vers un public choisi.

    Le marché d’internet touche donc un grand nombre de petits annonceurs là où les médias traditionnels n’étaient accessibles qu’aux grandes marques.

    Quel est le produit ?

    Ben c’est encore nous mais maintenant, nous sommes vendus deux fois.

    Il y a toujours le temps que nous passons devant les pubs, qui est mesuré avec une immense précision. Chaque publicité est tracée, on sait combien de gens l’ont vue, combien de fois, où ils ont cliqué, à quelle heure, si elle a débouché sur un achat en ligne... le web permet de tout savoir.

    Plus une pub est vue, plus elle rapporte et ils sont prêts à tout pour nous en montrer le plus possible.

    Mais un autre produit très lucratif est né : nos données personnelles.

    La généralisation des smartphones permet d’enregistrer la moindre de nos actions pour peaufiner notre profil numérique : localisations, historique internet, applis utilisées, temps d’utilisation, fréquentations... même l’utilisation de la lampe ou la fréquence de rechargement de la batterie servent à nous profiler.

    On sait tout de nous : opinions politiques, habitudes, hygiène de vie, état de santé, situation de famille, orientation sexuelle...

    Ces données sont achetées par les agences publicitaires en premier lieu mais aussi les compagnies d’assurances, les agences gouvernementales…

    Le marché de l'attention est un gros marché, Facebook avait un chiffre d’affaire de près de 56 milliards de dollars en 2018. Pas mal pour un service gratuit !

    Notons aussi qu’ici, l’optimisation fiscale est de mise et que, malgré les amendes, les GAFAM ne participent pas aux budgets nationaux à la mesure de leurs moyens.

    Finalement la question de la vie privée sur internet n’est pas de savoir si on a quelque chose à cacher ou non. Nous sommes face à un système économique malsain qui cherche à nous maintenir coûte que coûte devant nos écrans, et qui s'avère particulièrement nocif pour les enfants (sujet largement documenté par Michel Desmurget).

    Les réseaux sociaux, jeux... ne sont pas conçus pour être utiles, pertinents ou divertissants mais juste racoleurs et addictifs.

    Les contenus mis en avant sont les plus spectaculaires, les plus extraordinaires et les plus simplistes, peu importe la vérité et la complexité du réel. Les fake news et les théories complotistes sont ce qui attire le plus de monde, avec le meilleur temps de visionnage. Et ça, c’est bon pour le business.

    Il est question de donner aux plateformes la mission de censurer les propos dangereux (loi Avia), ça risque de ressembler aux ternes messages "ne mangez pas trop sucré..." pendant les pubs pour bonbons.

    Alors que faire ?

    Éteindre la télé ?

    Informer et faire pression, ça finit un peu par payer (voir cet article de numerama)

    Préférer les services payants et sans publicité, même s'ils collectent aussi nos informations personnelles.

    Mais surtout, il y a heureusement des solutions pratiques faciles à mettre en œuvre pour sortir de la publicité, elles sont détaillées dans les fiches "Comment échapper à la pub" et "Le bon coté du web"

    Crédit image : Image by Colin Behrens from Pixabay
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